Antonia Cerasani, la dame pétrifiée du dernier refuge
Dans le calme presque irréel de l’Hôtel Krat, une femme attend. Son nom est Antonia Cerasani, ancienne mondaine devenue gardienne du dernier sanctuaire de la ville. Sous ses traits doux et son maintien gracieux se cache un combat silencieux : la Pétrification, maladie qui ronge peu à peu son corps, transformant sa chair en pierre.
Autrefois figure respectée de la haute société de Krat, Antonia a vu le monde s’effondrer autour d’elle. Là où d’autres ont fui, elle est restée. L’Hôtel, jadis lieu de fêtes et de splendeur, est devenu sous sa direction un abri pour les survivants, les chercheurs d’âmes, et les pantins en quête de rédemption. Malgré la douleur qui la dévore, elle garde son port de reine et son sourire mélancolique, refusant que la peur ternisse ce qui reste d’humanité.
Chaque jour, son corps se fige un peu plus, ses gestes ralentissent, sa voix se voile. Pourtant, elle ne s’effondre jamais. Autour d’elle, les autres — Polendina, Eugénie, Venigni — la regardent avec respect et tristesse, conscients qu’elle symbolise ce qu’il reste de dignité à Krat. Même Geppetto, reclus et hanté, reconnaît en elle une âme forte, un écho du monde d’avant.
Certains disent qu’un remède existe à l’instar de Giangio, tout en prévenant que celui-ci ne réparerait pas les dommages internes causés par la maladie seront irrécupérables. D’autres prétendent que la maladie est trop avancée. Qu’importe. Antonia ne demande pas à vivre plus longtemps — elle souhaite seulement que l’Hôtel demeure un lieu de paix, un dernier fragment d’ordre au milieu de la folie mécanique.
Lorsqu’elle finit par céder à la pierre, c’est tout Krat qui semble retenir son souffle. Ses dernières paroles ne sont pas un adieu, mais une bénédiction : une prière silencieuse pour ceux qui continueront à lutter. Et même figée, son visage garde cette expression sereine — celle d’une femme qui a choisi la bonté plutôt que la peur.
Antonia Cerasani ne fut pas une guerrière, ni une sainte. Mais dans une ville ravagée, elle fut ce que Krat n’avait plus : une âme immobile qui refusait de se briser.
Références à l’oeuvre de Carlo Collodi
Le prénom d’Antonia fait référence au personnage original du roman, Maître Antonio (Mastro Antonio), ou Maître Cerise (Mastro Ciliegia – en raison de son nez rouge), un menuisier qui découvre une bûche de bois qu’il envisageait de transformer en pied de table, avant de se rendre compte qu’elle pouvait parler. Maître Antonio remet ensuite la bûche à Geppetto. De plus, son nom de famille, Cerasani, dérive du mot Cerasa, qui est une autre façon de dire « Cerise » en italien.
